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Aimer, c'est aussi accepter de laisser aller

Aimer, c'est aussi accepter de laisser aller

Au départ, je voulais intituler ce très long billet “Aimer, c’est aussi reconnaître ses échecs”. Et il y a définitivement de ça ici. Mais en même temps je me suis dit que ce serait préférable de choisir quelque chose d’un peu plus positif, parce qu’en fait, l’histoire n’a pas une fin malheureuse!


Je ne sais honnêtement pas ce qui s’est passé (je me suis jinxé en écrivant ça?), mais peu après que j’ai écrit ce billet parce que j’étais TELLEMENT contente qu’on ait réussi, tout s’est mis à déraper avec Bowie. Vraiment brutalement et rapidement. On dirait qu’il y a eu un déclic, mais pas dans le bon sens. Du jour au lendemain, on est revenus dans une période encore pire qu’avant, ou il n’écoutait plus, avait des comportements dérangeants et destructeurs.

Sa réactivité est tout à coup devenue hors de contrôle. Alors que marcher et courir avec lui était jusque là quand même pénible mais faisable, c’est soudainement devenu ingérable. Impossible. Dangereux pour lui, pour les autres et pour moi. Dès que quelque chose de “pas habituel” passait (un pick-up avec un trailer, un autobus, un véhicule municipal, un camion de poubelle, un cycliste, un camion de livraison, quelqu’un sur un skateboard ou en patins à roulettes, un écureuil, une moto, une tondeuse, etc., etc., etc.), il se jetait dessus en aboyant furieusement, n’entendant plus rien pendant quelques secondes, me griffant et me mordant pour essayer à tout prix d’y aller. J’avais beaucoup de mal à le retenir; pour un chien de 45 livres il a une force incroyable. Seulement pendant une petite marche de 20 minutes, il pouvait répéter ce comportement 20, 25, 30 fois. On a essayé plein de choses : les gâteries, l’éloigner, le faire asseoir, établir un contact visuel avec lui, essayer d’attirer son attention sur autre chose, mais ça devenait toujours pire, pas mieux.

Il devenait juste de plus en plus nerveux, anxieux, pas bien. Chaque petit stimuli le faisait capoter, chaque sonnerie à la porte (et ça sonne au moins 4 fois par jour ici) provoquait une crise qui amenait encore plus de comportements difficiles. Il s’est mis à faire ses besoins sur nos lits, de manière répétée. Quelque chose qu’il n’avait jamais fait, même pas lorsqu’il était chiot et pas encore propre. Et ce n’était pas par accident ou parce qu’il ne pouvait pas se retenir!

Le cauchemar

Le jour de la rentrée, je l’ai amené comme d’habitude à l’école pour chercher les enfants, ce que nous avions fait tous les jours de l’année précédente. Il y avait beaucoup de monde et je le sentais nerveux, donc j’ai fait ce que je fais toujours d’habitude : je l’ai fait asseoir un peu en retrait des enfants, adossé contre une haie pour que personne n’arrive par derrière, le tenant serré avec la laisse. Pas parce que j’avais peur de lui non plus, il a toujours été exemplaire avec TOUS les enfants. Mais parce que je pense que c’est ce qu’un propriétaire responsable devrait faire, essayer de contrôler le plus possible l’environnement et empêcher des petits trop enthousiastes de venir lui tirer la queue, etc. C’est un animal et on ne sait jamais comment ces derniers peuvent réagir avec des étrangers.

Sauf que je ne comprends toujours par ce qui s’est passé, tout est arrivé en une fraction de seconde : un papa est passé très vite et proche de lui par le côté et Bowie a sauté dessus et l’a mordu.

Pas une morsure qui saigne là! Mais quand même un bobo de la grosseur d’un 25 sous sur son flanc, un “nip” comme on dirait en anglais. Depuis que c’est arrivé je n’arrête pas de revivre le moment dans ma tête et je n’arrive toujours pas à figurer ce qui s’est passé, mais je sais que :

  1. La personne ne l’a pas provoqué, elle n’a pas essayé de l’approcher avant, elle semblait vraiment pressée de passer et je crois que Bowie n’était même pas dans son champ de vision

  2. Bowie n’a donné aucun signe avant-coureur, c’était complètement soudain

  3. Bowie a dû être surpris par la personne qui est “rentrée dans a bulle” et il a “snappé”, la mauvaise réaction à avoir!

  4. C’était 100 % un geste nerveux et 0 % un geste agressif.


Parenthèse


(Je n’essaie pas de défendre Bowie ou de minimiser son geste, juste de décrire vraiment comment les choses se sont passées. Son geste était inacceptable et m’a complètement choqué. Je peux vous garantir que jamais, jamais, jamais je n’aurais pensé qu’il ferait ça.

Dans un contexte actuel ou il y a beaucoup de peur -la majorité du temps non fondée- autour des chiens, je pense que c’est important de demeurer rationnel et de donner les faits des deux côtés, ce que j’essaie de faire le plus objectivement possible ici.

Et je ne veux pas minimiser non plus la peur des chiens, parce que ce n’est pas nécessairement un réflexe individuel et je sais qu’une petite crainte qui est là au départ peut facilement être alimentée et magnifiée par les incidents rapportés par les médias, des choses qu’on lit sur les réseaux sociaux, certains animateurs de radio, etc… Puis que sans s’en rendre vraiment compte, c’est facile de se laisser aller emporter par les émotions et de laisser grandir la petite graine qui avait déjà été semée.

Je ne veux pas non plus faire semblant que les chiens sont tous doux et gentils; ce sont des animaux et en tant que tel leur comportement peut à tout moment devenir incompréhensible pour nous. Mais je crois aussi qu’il y a des nuances à faire là-dedans… Entres autres, que ça ne peut pas justifier tous les comportements, comme vous allez le voir ici-bas.

Et que céder aux discours de peur/de haine, que ce soit envers les chiens ou autres (il n’en manque pas dans notre société) ça n’a jamais rien apporté de positif et de constructif, parce que ça divise arbitrairement les gens en 2 clans opposés et ça les dépersonnalise, alors que dans la vie rien n’est jamais blanc ou noir, qu’il y a 1 000 000 de clans et de couches de complexité. Avant de vous objecter, je vous demande de continuer à lire SVP…)


Le cauchemar se poursuit

Sur le moment, le papa ne s’est pas arrêté, ne s’est pas retourné, ne m’a même pas regardé, pendant que je me confondais en excuses et que j’étais véritablement sous le choc. Tout s’est passé très vite, mais il est disparu. Sur le fait, mes enfants sont arrivés et je le cherchais, parce que je voulais m’excuser et m’expliquer en bonne et due forme, mais je ne l’ai pas trouvé. J’étais encore sous le choc alors on a commencé tranquillement à revenir vers la maison à pied et… j’étais complètement à terre. Parce que Bowie n’avait jamais fait ça avant et que bien sûr, ça changeait la donne.

En arrivant au coin de notre rue (donc presque 10 minutes de marche plus tard), une voiture s’est arrêtée devant nous en bordure de la rue. Le papa en est sorti et il s’est placé devant moi, pour me barrer le chemin. Sans rien dire, il a levé son chandail pour me montrer la morsure et je lui ai dit, avec beaucoup d’émotion : “Ho… Je suis contente de vous revoir parce que je voulais vous dire que je suis TELLEMENT désolée, je ne comprends tellement pas ce qui s’est passé, ça n’était jamais arrivé, etc.”

Et là, il est PARTI. C’est-à-dire qu’il n’a pas quitté les lieux, mais qu’il s’est lancée dans un discours très aggressif, pas tout à fait cohérent, qui dépassait complètement la situation et m’accusait personnellement sur ma manière d’être, mes valeurs, ma conscience, etc. Ça a duré presque 10 minutes.

Je n’ai rien fait pour le provoquer, disant par exemple que ce n’était pas si grave ou je ne sais pas quoi. J’ai essayé de rester calme et de m’excuser à répétition, en lui parlant au vous (il me parlait au “tu” et il y avait plusieurs sacres au travers). Mais il me répétait en criant qu’il n’acceptait pas mes excuses, que je n’écoutais pas les nouvelles???, etc.

Je ne souhaite pas répéter ici tout ce qu’il m’a dit. Il y a même encore des choses qui me reviennent par moments. Et je veux ajouter que :

  • Je comprenais qu’il soit fâché (et je lui ai dit à plusieurs reprises). J’aurais été fâchée (ou en tout cas énervée) moi-même dans la situation!

  • Il n’avait aucune raison de se faire mordre et c’est vraiment poche!

  • Je comprenais aussi qu’il a eu peur pour ses enfants.

Mais vous pouvez me croire -ce n’est pas pour minimiser l’incident encore une fois-, ce que j’ai vécu (et ça m’a pris du temps avant de me remettre du choc et de le réaliser), c’était une aggression. J’ai encore des flashbacks, je tremble quand j’y repense, j’ai des sueurs froides. J’ai peur de retourner à l’école et de le revoir, j’ai peur qu’il me suive encore dans la rue, etc. Chaque fois que je passe à l’endroit ou ça s’est produit j’ai des frissons, je me sens mal. L’autre jour je suis allée au guichet et pendant un instant j’ai vu entrer derrière moi un homme avec une carrure semblable et j’ai eu un moment de panique totale.

Finalement, n’en pouvant plus, je me suis mise à pleurer, des gros sanglots de désespoir que je n’arrivais absolument pas à contrôler. Et je lui ai dit : “Pourriez-vous SVP juste ne pas me suivre jusqu’à chez nous, parce que là je ne me sens vraiment pas bien”. Il est retourné dans son auto (je voyais son (ses?) fils sur le siège en arrière pendant tout ce temps) et il m’a crié en guise de conclusion qu’il ne voulait plus jamais revoir Bowie à l’école, que dorénavant il devait rester toujours dans la maison et qu’il allait porter plainte.

J’ai retrouvé mes enfants qui étaient allés un peu se cacher sur le coin et qui étaient terrifiés -ils m’ont dit qu’ils avaient eu vraiment peur que le monsieur me batte. Nous sommes retournés à la maison et pendant 2 jours je faisais juste pleurer et essayer de me remettre de tout ça.

Ma conclusion sur cette aggression

Et au départ, je pensais que je méritais ceci et que c’était de ma faute? Mais après quelques jours à laisser retomber la poussière, j’avais une toute autre idée de la situation.

  • Il m’a SUIVI pendant presque 10 minutes pour me faire vivre ceci.

  • Il n’aurait clairement pas osé le faire sur le coup dans la cour d’école, devant les autres parents.

  • Il l’a fait DEVANT MES ENFANTS! Et le(s) sien(s) (à cause de mon champ de vision je ne suis pas certaine s’il y en avait 1 ou 2 dans la voiture).

  • Il était deux fois plus gros et plus grand que moi et il m’a physiquement empêché de passer.

  • Il a continué de m’engueuler pendant 10 minutes et d’être très aggressif, même lorsque je sanglotais et après que je me suis excusée à répétition (qu’est-ce que je pouvais faire d’autre?) Vous pouvez imaginer la sensation physique que j’éprouvais, moi une femme de 130 livres en pleurs, avec un homme très menaçant et en furie qui me barrait le chemin…

  • C’était correct qu’on ait un échange et bien sûr que c’est moi qui est responsable de mon chien! Mais tsé, cet échange aurait pu être quelque chose comme “Eille contrôles-le ton chien as-tu vu ce qu’il m’a fait!” “Oui je suis tellement désolée il n’a jamais fait ça avant et je ne comprends pas!” (et ce n’était pas une excuse non-sentie et non-sincère, ça paraissait que j’étais RÉELLEMENT À TERRE). “Ouin ben c’est pas l’fun pour moi! La prochaine fois si tu l’amènes à l’école ça lui prendrait une muselière parce que tsé, c’est plein d’enfants!” “Tellement, c’est certain qu’on va faire le nécessaire, vous n’avez pas à vous inquiéter.” -genre, énervé (avec raison) mais sans crier?

    Peu importe le comportement de mon chien, je ne méritais aucunement ça.

Juste une petite note ici :

Je l’ai aussi réalisé seulement quelques jours après, mais pendant tout ce temps, Bowie était là. En laisse, à côté de moi, assis à attendre patiemment. Et JAMAIS pendant toute cette situation il n’a réagit d’aucune manière que ce soit. Ni grogné, ni bougé, ni montré aucune forme d’aggressivité. Alors que le papa lui attribuait tous les maux de la terre ou presque (et était clairement menaçant envers sa maîtresse).

La peur

C’est un peu dur à décrire, mais ce que j’ai vraiment ressenti de son attitude, c’est que c’était beaucoup plus large que la situation présente. Que c’était quelque chose qu’il avait ruminé pendant longtemps, une peur totalement envahissante qu’il avait laissé grandir en lui, probablement beaucoup enflammée par les réseaux sociaux (selon des bribes qu’il m’a laissé entendre) et dépassant tout aspect rationnel. Et c’est là le danger de jouer sur la peur dans les médias (ou de se laisser embarquer là-dedans), parce qu’en m’engueulant :

  • Il ne me voyait pas comme une personne, une maman, quelqu’un qui a des émotions…

  • Il ne voyait pas les nuances reliées à l’animal, par exemple de la réactivité vs de l’agressivité... Et bien sûr qu’il n’aurait jamais dû se faire mordre! Mais cet incident ne justifiait pas de faire euthanasier Bowie non plus, et n’est pas du même ordre que les terribles attaques dont on entend parler.

  • Il ne voyait pas par exemple tout le travail que j’avais fait avec mon chien, ni mon côté justement hyper responsable et vigileante avec lui, au point ou ça devenait réellement anxiogène pour moi…

  • Il ne considérait pas quelque chose de pourtant tellement évident, c’est-à-dire le fait que j’ai deux enfants moi-même! Donc si jamais j’aurais pu avoir l’ombre d’un doute que Bowie ferait ça, pensez-vous qu’on l’aurait eu ou qu’on l’aurait amené à l’école?

  • Il ne voyait pas non plus la chose la plus importante de toutes : le fait qu’en tant que parents et surtout parents de la même école, nous souhaitions en fait exactement la même chose, c’est-à-dire la sécurité de nos enfants.

Ce genre de peur viscérale, grondante, désespérée, elle n’est jamais souhaitable. Parce que lequel des incidents a finalement laissé le plus de séquelles, a été le pire? La morsure (je le répète, qui n’aurait jamais dû arriver!) ou sa réaction à celle-ci, qu’il considérait vraisemblablement pourtant comme parfaitement justifiée?

La réflexion

Les premières heures, nous étions plutôt dans la peur de la plainte, de devoir faire euthanasier Bowie. Notre premier réfléxe était donc de le laisser aller, pour le protéger? Parce que peu importe cet incident qui changeait tout, une chose est sûre c’est qu’il ne méritait pas ça!

Mais après cela, nous partions à Québec pour la Fête du Travail et c’était déjà prévu que Bowie se fasse garder. Nous avons donc convenu que la seule chose à décider immédiatement, c’était effectivement de ne pas le ramener à l’école! Pour le reste, nous allions prendre quelques jours pour y penser.

Pendant la longue fin de semaine, j’ai raconté souvent l’histoire et on en a beaucoup parlé entre nous. En revenant le lundi soir, on a récupéré Bowie, qui était content de nous voir. Notre feeling à ce moment-là avait changé : on voulait faire ce qu’il fallait pour le garder, parce qu’on l’aimait tellement, notre maudit monstre. Magasiner les muselières? Se lever plus tôt pour aller marcher avec lui sans l’amener à l’école? Etc.

Et… le lendemain matin, alors que j’étais JUSTE à CÔTÉ de lui, dans la maison (et qu’il était sortir 30 minutes auparavant), il a fait ses besoins. Encore. Argh! J’ai ramassé puis nous sommes partis courir. Et… Ça a été le pire désastre de tous les désastres de notre historique avec lui, pourtant riche en situations et en anecdotes frustrantes! Pendant 50 minutes, il a répété son comportement de réactivité (japper comme si c’était une urgence nationale + essayer de sauter sur le véhicule ou la personne “offensante” à ses yeux) 50 fois. Je n’exagère même pas. Il a FAILLI se jeter sous un autobus à au moins deux reprises et est passé tellement proche de faire tomber un cycliste que je suis devenue toute molle. Je ne sais pas comment j’ai fait pour poursuivre cette course jusqu’au bout et ne pas me coucher par terre en petite boule, mais en tout cas c’est vraiment là que le déclic s’est fait.

J’étais tellement mal, à chaque réaction, à chaque ombre d’un trailer qui se profilait au tournant d’une rue, tellement exténuée physiquement et mentalement par tout ceci que mon corps m’a dit : “Je sais que tu veux que ça marche, mais moi je ne suis juste plus capable”.

Parce que malgré mon hypervigileance épuisante, je ne pourrais jamais contrôler TOUTES les situations. Il y aurait toujours un cycliste qui arrive précipitemment d’en arrière sans faire de bruit. Toujours un écureuil qui essaie de traverser la rue pendant qu’il y a 4 autos de chaque bord que Bowie ne voit AUCUNEMENT. Toujours un camion qui passe beaucoup, beaucoup trop proche.

Le message dur à comprendre

J’ai compris. Que pendant tout ce temps, Bowie essayait désespérément de nous passer un message. Par tous les moyens, mais nous ne l’écoutions pas.

Il n’était pas bien. Ça ne marchait pas. Il n’en pouvait plus. Il ne pouvait pas vivre ainsi!

Peu importe tous nos efforts, tous les sacrifices que j’étais prête à faire, peu importe le fait que notre '“univers” avec lui ne faisait que se rapetisser tout le temps… Peu importe nos correctifs -je suis allée chez la vétérinaire qui nous a suggéré d’essayer différentes médications, mais sans promettre de résultat-, on n’avait pas considéré l’essentiel : son opinion à lui.

Et parfois les enfants expriment des choses surprenantes, mieux qu’on ne pourrait le faire nous-mêmes, mais les miens ont dit, ce jour fatidique de la rentrée scolaire : “Maman, on l’aime beaucoup et il nous aime, mais on n’est pas la bonne famille pour lui.”

Pas dans le sens ou nous ne nous occupions pas bien de lui malgré tout ça (en général mon téléphone enregistrait autour de 40 km parcourus par semaine pendant qu’on l’avait, soit en courant ou en marchant, en très grande majorité avec lui. Je ne sais pas s’il y a beaucoup d’autres chiens qui bougent autant?)

Mais dans le sens ou, j’ai fini par le comprendre, le problème de Bowie c’était qu’il n’était pas dans le bon environnement. Qu’il n’avait pas besoin de prendre des pilules pour le restant de ses jours juste afin de contrôler son très fort instinct naturel : il avait plutôt besoin d’une autre vie. Et c’est quelque chose que je pressentais depuis le printemps, mais que j’avais mis de côté parce qu’il semblait réellement aller bien pendant quelques mois, et réellement s’accommoder de cette situation pas idéale pour lui. Mais quand c’est revenu, c’est qu’il n’en pouvait juste plus.

Ce magnifique chien, suprêmement intelligent, remarquablement agile, d’une endurance naturelle folle, méritait vraiment mieux que la vie que nous pouvions lui donner, enfermé toute la journée dans la maison avec des petites pauses dehors, mais presque toujours attaché. C’était juste ça.

Et c’était tout ça en même temps. Parce que malgré notre bonne volonté, avec le travail, les enfants, les devoirs, les activités, la maison et tout le reste, nous n’étions pas dans une situation qui nous permettait vraiment de faire des changements majeurs qui l’auraient aidé. On faisait ce que l’on pouvait, par exemple l’amener faire du hiking à Sutton, l’amener au parc à chiens ou le faire promener avec d’autres chiens de temps en temps, mais malheureusement, la réalité c’est que ça resterait occasionnel.

Mais quoi faire?

C’est vraiment là ou j’ai été la plus triste parce que même après la décision de le laisser aller, nous n’avions pas vraiment de plan.

Je savais par-dessus tout que je ne voulais pas le vendre sur les petites annonces! Il est très beau et ça aurait été facile, sauf que le but n’était pas de nous en débarrasser, mais de le rendre enfin heureux. Ce qui aurait risqué d’arriver, c’est qu’il se retrouve en condo ou un autre environnement similaire, encore en ville et dans une vie plus difficile pour lui -et nous avions l’intuition que dans un tel cas ses nouveaux maîtres seraient beaucoup moins patients que nous avec lui!

J’avais trouvé les coordonnées d’un refuge spécialisé dans l’État de New York, qui est sur une ferme avec des animaux (incluant des chevaux) et recueille environ 35 Border Collies à la fois. Je me disais que ce serait sa meilleure chance de retrouver un bon environnement pour lui : avec une famille rurale qui a disons une fermette et un grand terrain! Mais initier le premier contact était difficile. Je ne me sentais pas capable! Ce serait tellement dur, de faire 4 heures de route pour aller le porter là, puis ne plus avoir de nouvelles!… J’avais la gorge nouée juste à y penser.

Au moins parcourir leur site m’a informé de plusieurs choses importantes : par exemple qu’un Border Collie ne devrait jamais être laissé dans un refuge régulier (style SPCA) avec des cages, parce qu’il vire complètement fou dans ce genre d’endroit. Et aussi que c’est une situation très fréquente avec cette race particulière : que lorsqu’ils ne sont pas dans le bon environnement ils ont toutes sortes de comportements qui ne fonctionnent PAS DU TOUT, mais une fois dans la bonne famille ils deviennent les meilleurs chiens du monde!

La réponse de l’univers

C’est ici que le happy ending commence.

J’étais en plein là-dedans lorsque je suis allée jogger avec lui, non plus dans les rues (c’était devenu infaisable alors que quelques semaines auparavant ça allait encore), mais plutôt dans ce parc municipal situé derrière notre école et comportant une piste de 400 m qui fait le tour d’un terrain de soccer synthétique.

Parce que je ne sais pas si les gens qui ont très peur des chiens le réalisent, mais je me retrouvais dans une situation impossible, sans aucune façon de gagner. D’un côté j’avais une responsabilité envers tout le monde, celle de gérer mon chien pour ne pas qu’il snappe ou fasse tomber un vélo, que je prenais très au sérieux. Mais aussi, peu importe ce que le papa de l’école m’avait dit de faire, une responsabilité envers mon chien de lui donner ce dont il avait besoin, c’est-à-dire beaucoup d’exercice (même si c’était ultra pénible).

Donc, je courais autour de la piste pendant que je voyais une équipe de construction s’activer au milieu : le terrain de soccer municipal est en train d’être refait.

Et tout à coup, j’ai réalisé que quelqu’un, un travailleur dans une pépine, me faisait de grands signes. Je me suis arrêtée et il est immédiatement venu me voir. Et m’a dit ceci.

“Bonjour! Merci de t’être arrêtée! Je t’ai vu passer tantôt et j’avais peur que tu sois partie et que je ne puisse plus te parler.

Je t’ai vu avec ton beau Border Collie! Je me demandais si tu pouvais me donner le nom de ton éleveur?

J’en ai un de 9 ans à la maison et J’EN CHERCHE UN PLUS JEUNE”.

Le paradis des Border

Il s’en est suivi de longues conversations en personne deux jours de suite avec Bowie, durant lesquelles je lui ai expliqué la situation que nous avions vécu avec lui, de A à Z. Je lui ai dit que nous cherchions une meilleure famille pour lui, pas parce que nous ne l’aimions pas mais parce que nous avions réalisé que c’était un chien qui ne pouvait tout simplement pas vivre en ville. C’était incroyable : il finissait même mes phrases tellement il comprenait le caractère spécial de ces chiens, leur “énergie très nerveuse”, entre autres. Puis, il y a eu des appels, des discussions et des concertations des deux bords… Pour finalement décider qu’on irait chez eux, avec Bowie et leur toutou, pour faire un essai.

Et chez eux, c’est… dans les Laurentides sur une propriété boisée de 3 acres dans la montgne, avec un lac. Et une magnifique maison (ce que je pensais être un travailleur était finalement LE BOSS d’une grosse compagnie, qui installe des terrains synthétiques partout en Amérique du Nord!) Tellement de place pour courir détaché, toute la journée. Aucun bruit à part ceux de la nature. Une rue en cul-de-sac très privée, ce qui signifie que tous les stresseurs pour Bowie disparaissent d’un seul coup, à 95 % au moins. En bref, un milieu qui permet un changement de vie complet : plus besoin de “marches,” plus de promenades en ville (ou presque), plus besoin de le faire sortir pour le faire “se dépenser un peu”, puisque les chiens passent simplement leurs journées dehors à s’épuiser et à jouer dans la nature!

Ils étaient une famille vraiment super, aimante, patiente, positive, profondément amoureuse des chiens et de cette race en particulier. Avec une grande soeur humaine de 18 ans qui avait déjà hâte de l’entrainer en agilité comme elle a fait pour le leur, un autre chat à torturer (mais pour l’avoir vu, il ne se laissera pas faire comme notre Valentine et semble avoir tout un caractère!) et même… (le plus beau) un grand frère chien!

Pendant tout le temps qu’il était là-bas, comme chaque fois que vous avions eu l’occasion de l’amener dans un environnement similaire, Bowie était un autre chien. Agréable. Relax (leur Border est beaucoup plus intense, croyez-le ou non!). Heureux. Sans plus aucune trace de nervosité ou d’anxiété. Ils sont tombés en amour avec lui. Après quelques formalités, c’est devenu officiel.

Croyez-vous au hasard?

Dites-moi honnêtement… C’était quoi les chances qu’on tombe sur cette famille complètement parfaite pour Bowie? Cette famille qui était non seulement en mesure de lui donner tout ce dont il a besoin, mais qui cherchait au même moment un chien comme lui ET qui savait exactement à quoi s’attendre puisqu’ils en avaient déjà un de la même race… Qui trouve même Bowie tranquille et super bien élevé! Et qui vit à… 120 km de chez nous? C’était quoi, statistiquement, les chances?

Même si les enfants étaient tristes, ils ont tout de suite réalisé quelle chance c’était pour nous et pour Bowie! Ma fille a même dit, dans un autre de ces éclairs de sagesse enfantine : “On ne le laisse pas partir parce qu’on ne veut plus s’en occuper… On le laisse partir parce qu’on l’aime et qu’on veut par-dessus tout qu’il soit bien!”

Imaginez… Bowie va même désormais passer ses hivers en Floride, ou sa nouvelle famille fait semble-t-il partie de toute une communauté de propriétaires de chiens qui passent leurs journées sur la plage et qui ont même un fan club! C’est incroyable! (Je ne vous cache pas qu’on a essayé de voir s’ils pouvaient nous adopter nous aussi???)

Et après?

Ça fait maintenant près d’une semaine que Bowie est parti. Ça a été très triste et la maison est terriblement vide. Les moments difficiles me surprennent constamment et font couler de petites larmes sur mes joues plusieurs fois par jour : trouver une de ses balles en dessous du divan, descendre le soir et ne plus le voir couché à son endroit habituel, aller à l’épicerie et passer devant l’allée des gâteries pour chiens…

Mais plus les jours passent et plus je SAIS que c’était la bonne décision. Je suis sereine. Les enfants sont corrects -ils ont été incroyablement raisonnables et ils m’ont beaucoup impressionné là-dedans. Je suis surtout si soulagée : bien sûr un peu pour moi, parce que ça me tirait beaucoup de jus. Mais ce n’est pas vraiment ça qui est le plus important… J’ai des réflexes de maman et en tant que tel je serais prête à faire tellement de choses pour le bien de ma “couvée”…

Surtout pour lui. Je me sentais très coupable de ne pas lui offrir la vie dont il avait besoin et en même temps j’avais aussi peur après l’incident de morsure que ça se reproduise. Nous ne pourrions pas rêver d’une meilleure solution, au final. Même notre promeneuse et experte en comportement canin, qui est venue lui dire au revoir pendant qu’on pleurait assises par terre toutes les deux, m’a révélé que c’était seulement la 2e fois dans sa carrière qu’elle disait ceci… Mais que dans ce cas spécifique, elle pensait que lui trouver une bonne nouvelle famille était probablement la meilleure chose à faire.

La beauté de cette situation, c’est qu’on pourra continuer d’avoir des nouvelles… Hier, j’ai appris que Bowie s’adapte SUPERBEMENT bien à sa nouvelle situation. Il est vraiment heureux, il court toute la journée, il joue sans arrêt avec son frère et commence à reconnaître ses nouveau humains et à créer des liens avec eux. Ce qui me brisait le coeur, c’était de trahir sa confiance et de lui donner l’impression qu’on l’avait abandonné. Je lui ai tout expliqué ça pendant les quelques derniers jours ou il était avec nous... Alors pensez-vous qu’il a pu comprendre? Parce qu’apparemment, il ne semble même pas eu de transition ou de moment difficile! Lorsqu’on l’a laissé dans le camion de son nouveau maître, il s’est juste couché sur la banquette arrière, il avait l’air de dire, “OK, go!” et il a même dormi tout le long du trajet! Et quand il est arrivé dans son nouveau chez lui, il a reconnu l’endroit et est immédiatement parti jouer avec son grand frère, duquel il apprend semble-t-il déjà beaucoup. Il écoute, il mange, il se couche là ou il est supposé. Il n’est pas réactif et n’a pas de comportement dérangeant. Ce n’était même pas plus compliqué que ça… 🙏🏻

Un autre chien?

Plusieurs personnes me demandent maintenant si on veut un autre chien.

La réponse à court terme, c’est non. Je pense que là, on a vraiment besoin d’un break, et surtout de vivre notre deuil, parce que ça en est un pour vrai.

Mais la réponse à moyen ou à long terme, c’est que ce serait vraiment plate qu’on reste sur cette expérience de ce qu’est avoir un chien. Pas tant les difficultés qu’on a eues avec Bowie, parce que je suis certaine qu’on ne va conserver que des beaux souvenirs… Plus le côté crève-coeur de ne pas être capable de le garder alors qu’on était si attachés. Et puis je sais que cette présence va finir par nous manquer… Alors un jour, si/quand l’occasion se présente(ra), j’aimerais être à mon tour la réponse de l’univers pour quelqu’un d’autre qui ne peut plus s’occuper de son chien, peu importe la raison. On sait déjà qu’on n’a plus du tout envie de s’engager avec un puppy, mais un chien adulte, qui peut très bien se contenter d’une vie de famille occupée en ville, je ne dis pas non.

C’est drôle, mais pendant notre première période difficile avec lui au printemps, j’avais eu une certaine intuition, qui finalement s’est avérée… Que peut-être en fait ce n’était pas nous sa vraie famille… Mais que notre rôle c’était de l’aimer et de nous en occuper le mieux possible en attendant qu’il trouve enfin ses humains pour toujours.

Malgré mon sentiment d’échec (qui est grand, ne vous méprenez-pas là-dessus, envers lui, envers les enfants, envers tout le monde), ce que je retiens de toute cette expérience, c’est que j’ai réussi à les trouver pour lui. ❤️💔

Potage aux légumes d'automne

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Défi végane et La cuisine de Jean-Philippe!

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