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La trame sonore (moments d'une vie) : novembre 1993

La trame sonore (moments d'une vie) : novembre 1993

Hey salut toi, mon chum du cégep qui m'a contacté sur Facebook il y a quelques jours.

C'est certain que voir apparaître ton nom et constater que tu as soudainement "liké" quelques-uns des posts sur ma page, ça m'a fait drôle. Pas si incroyable, mais comme je n'avais pas entendu parler de toi depuis des années et des années, ça m'a fait sourire un petit peu.

Jusqu'à ce que tu m'écrives un message privé, sans que je n'ai rien demandé, pour me dire que tu étais à Toronto avec d'autres pilotes, dont certains avec qui tu as étudié jadis. Et que "ton ami," qui n'est pas sur Facebook et dont le nom ne me dit absolument rien, a proposé de faire des recherches sur quelques filles que vous avez connu alors, dont mon amie et moi. Que c'est lui qui a liké ces photos/posts avec ton téléphone, mais qu'il faut l'excuser tsé, parce qu'il ne comprend pas que ça ne se fait pas vraiment. Et aussi, en passant, qu'il fait dire que j'ai bien vieilli.


En novembre 1993, j'ai 18 ans et c'est ma dernière année au Saguenay; je vais partir à la fin de l'été suivant. Je travaille au vestiaire dans un bar 3 soirs par semaine et j'ai toujours l'air un peu ahurie/fatiguée, puisque (même si ça va prendre plus de temps avant que je le réalise pour de bon) je ne suis pas une fille de bar/de nuit/je ne bois pas parce que je n'aurais pas été capable de tenir ce rythme et d'étudier en même temps. Je m'en souviens quand tu es rentré pour la première fois par hasard en cherchant tes amis mais en t'attardant plutôt dans mon coin. Tu étais revenu à la fermeture et à partir de là on a été ensemble.

Tu représentais tellement de choses qui me fascinaient et me convenaient à cette époque-là. La première évidemment était que tu ne venais pas du Saguenay, mais d'une région assez proche de Montréal pour que tu connaisses et fréquentes souvent cette ville dont je rêvais tant. Tu avais un jumeau identique (avec qui tu étais plus en compétition qu'en fusion) avec une blonde cool, une grande soeur qui avait vaguement travaillé dans le milieu artistique et fréquenté les scènes punk/ska. Tes parents étaient tellement différents des miens et charmants dans leur imperfection. Vous aviez déjà vécu plusieurs années en France. Ta gang de chums chez toi, incluant ta meilleure amie depuis tes 5 ans, était super chouette. C'est toi qui m'a fait connaître les Smashing Pumpkins qui ont été un de mes groupes phares pendant plusieurs années après ça; c'est vrai que ta culture, musicale entre autres mais pas uniquement, était impressionnante. Cette chanson va toujours évoquer le côté très spécial de cette époque pour moi : la promesse de ma nouvelle vie qui allait bientôt commencer, ailleurs

Drôle, sûr de toi et baveux, tu commençais ton cours en pilotage et tu étais forcément différent des gars de la région. L'affaire, c'est que le Saguenay, c'est un drôle d'endroit pour grandir, être ado et commencer la game du "dating". La légende veut qu'il y ait 7 filles pour un gars. C'est totalement faux bien sûr mais je pense que c'est surtout le rapport entre les sexes qui est différent et intrinsèquement plus inégal. Ce n'était pas vraiment surprenant que les filles s'intéressent aux gars qui venaient d'ailleurs, et il y en avait seulement deux bassins principaux : l'équipe de hockey junior majeur et l'école de pilotage du cégep. Sortir avec un gars qui venait d'ailleurs, c'était mal vu. Le slut shaming de la part des autres gars était facile. Alors pour maintenir l'ordre social ambiant, ce qui était attendu était de ne regarder que les gars de la place (oui, exactement ceux qui traitaient mal les filles), avec qui soit tu avais un lointain lien de parenté, soit tu étais allée à l'école primaire, soit au moins une de tes amies était déjà sortie. Fantastique choix quand on y pense.

L'année d'après comme prévu, je suis partie à l'université. On est restés ensemble quand même un bout de temps après ça, malgré la distance et des hauts et des bas sous la forme d'infidélités des deux côtés (mais soyons honnêtes, surtout du mien). On est restés en bons termes; à la fin de tes études au Saguenay, alors que c'était définitivement terminé entre nous depuis un an, c'est quand même moi que tu as invité à ton bal de finissants et ça m'a fait vraiment plaisir d'y aller. Ça ne s'est peut-être pas passé comme tu pensais par contre puisque si je me souviens bien, j'avais plutôt embrassé un autre gars de la gang au after-party. (Mais il me semble que tu avais embrassé son ancienne blonde pendant qu'on étaient plus ou moins ensemble, donc je considère qu'on est quittes).

Une dizaine d'années plus tard, après mon divorce, tu as repris le contact. J'ai entendu dire que tu aurais aimé qu'on reprenne mais je n'étais pas intéressée... Je me souviens de le redire à 28 ans, à l'ex-blonde cool de ton frère que je revoyais de temps en temps : je n'y pouvais rien mais ce n'était juste pas toi, l'homme de ma vie. Tu n'étais pas un mauvais gars mais au final tu avais été un chum... correct. Et je ne pense pas que personne rêve d'être décrit en ces termes. Peut-être un peu blessé une nouvelle fois, tu es disparu complètement de ma vie. J'ai su ensuite que tu étais devenu pilote pour Air Canada sur les lignes domestiques, que tu t'étais marié avec une fille assez traditionnelle et que tu avais eu deux enfants.


"Ton ami" a raison par contre : c'est vrai que je vieillis bien. Je ne dis pas nécessairement ça au point de vue physique, mais... malgré toute la fougue qu'on a à 18 ans, je ne retournerais tellement pas à cet âge-là. En bonne late bloomer, j'ai nettement l'impression que je suis 100 % mieux maintenant, à tous les niveaux.

Je vieillis bien et... Je partage ma vie avec quelqu'un qui n'est certainement pas parfait et qui, tout comme toi, a un jour réalisé que sa jeunesse l'avait quitté. Qui parle parfois avec un petit sourire nostalgique de son adolescence et de ses années formatrices/d'expérimentation, qu'il a vécu intensément, comme moi d'ailleurs. Mais tu sais quoi? Je suis pas mal sûre que même si l'occasion se présentait, disons -de manière tout à fait hypothétique- lors d'une soirée impromptue et un peu trop arrosée dans un bar d'aéroport avec des vieux amis, il n'en profiterait pas pour stalker le profil Facebook d'une fille qu'il a eue il y a 25 ans, en faisant des blagues salaces mais en n'assumant pas ses gestes, en sachant que pendant tout ce temps sa petite famille l'attend à la maison. 

N'est-ce pas ironique d'ailleurs que tu reviennes là-dessus, toi qui détestait tant le Saguenay et le temps que tu avais à y "faire" à l'époque? Tout était trop petit, trop fermé, trop loin, trop isolé, trop circulaire. Je t'accompagnais bien là-dedans dans le temps, même si maintenant je sais que ce n'était pas de la haine, simplement un trop grand besoin momentané d'élargir mes horizons et d'ouvrir mes ailes. (Oui, je viens de faire deux métaphores d'aviation boiteuses). Il y a peut-être une petite leçon pour toi là-dedans, je dis ça de même. Il vaut probablement mieux être ouvert et apprécier le moment quand il passe, parce que c'est en y repensant plus tard que celui-ci prend tout son sens et que les regrets surviennent.

Peut-être qu'un jour, en m'assoyant dans le siège inconfortable d'un avion, je vais entendre ta voix qui va dire "This is your captain speaking" ? D'ici là, c'est fou parfois comment juste un petit message peut nous réconforter dans nos choix de vie.

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