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Carole et les lilas

Carole et les lilas

Carole, c'était la femme de mon père. Je l'ai rencontré pour la première fois quand j'avais 17 ans. Elle avait 12 ans de moins que lui et 13 ans de plus que moi. Parfois les gens me disent qu'il s'était trouvé "une petite jeune". Mais non, ce n'était pas ça... Elle avait une vieille âme et dès le début c'était évident qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. À la longue ils se sont même mis à se ressembler physiquement.

On ne s'est pas toujours bien entendues, elle et moi. On a eu bien des chicanes. Mais on s'est apprivoisées. Elle n'a jamais eu d'enfants; condition de mon père qui avait déjà 3 ados et qu'elle a respectée, qu'elle n'a jamais remise en question.

Quand je suis devenue mère, on dirait que notre relation a vraiment changé. Elle a atteint sa plénitude, elle est devenue vraiment agréable et relax. Elle avait plein de petites manières de prendre soin de nous tous quand on était là, et bien sûr de prendre soin de mon père tous les jours, pendant toutes ces années.

Elle était en pleine forme, une femme d'action, grande voyageuse, remplie de projets pour la retraite qui s'en venait tranquillement-pas-vite. Ça l'inquiétait un peu, parce qu'avec leur différence d'âge, elle avait peur de ne pas être capable de suivre mon père qui arrêterait forcément avant elle. Elle voulait continuer à travailler quelques années de plus, pour bénéficier du maximum de son fonds de pension, puisque tout semblait évidemment pointer vers le fait qu'elle vivrait plus longtemps que lui.

Le soir de ses 53 ans, en novembre 2014, elle avait un genre de rhume depuis 3 jours. Elle s'est fait fêter par mon père et ses proches et elle était souriante et heureuse. Elle ne voulait pas embrasser personne, pour ne pas les contaminer.

En plein milieu de la nuit, elle a réveillé mon père en lui disant qu'elle avait du mal à respirer. "Recouche-toi, ça va aller"... a évidemment été sa première réponse -Carole avait tendance à faire de l'anxiété, particulièrement la nuit.

Mais elle s'est assise au bord du lit et elle s'est mise à vomir du sang. Par chance, l'hôpital était très proche. Dès qu'ils sont arrivés à l'urgence, elle a été prise en charge aux soins intensifs, ou mon père a appris que sans traitement, elle était à une heure ou deux de la mort.

Qu'est-ce qui s'est passé? On n'est même pas encore sûrs à 100%. Un virus très rare qui se serait attaqué à son coeur, qui avait causé une insuffisance pulmonaire et commencé à l'assaillir de partout.

Je me souviens encore de la voir dans son lit aux soins, intubée, inconsciente, plus près de la mort que de la vie. Ça avait été un grand choc. Pourtant, presque par miracle, elle s'est remise tranquillement. À Noël, elle est venue chez nous, à 500 km de la maison et elle était correcte! Simplement souvent faible et essouflée.

Peu après, mon père l'a demandé en mariage, après 20+ années ensemble. Elle a commencé à planifier, avec notre aide, cette cérémonie simple et pleine d'amour qui devait avoir lieu durant l'été. C'était évident qu'elle conservait des séquelles : un syndrôme de POT, qui rendait sa fréquence cardiaque anormale. Mais elle allait quand même assez bien pour qu'ils partent en voyage au Mexique en mars 2015.

Par contre quelques jours après être revenue, rien n'allait plus. Elle est allée voir son médecin qui lui a fait faire une prise de sang. Les résultats nous ont complètement sciés : en quelques jours/semaines, elle avait développé une leucémie particulièrement agressive. C'était en avril 2015. Est-ce que les deux événements sont liés? Les médecins sont toujours restés vagues sur le sujet. Je crois profondément que oui.

Elle a tout de suite été transférée à l'hôpital à Québec. Je suis allée la voir le plus souvent possible. Chimio, perte des cheveux, environnement stérile, marches dans le corridor avec son soluté pour bouger un peu, alimentation terriblement drabe et contrôlée, éloignement de ses proches. Sa réalité quotidenne est devenue si difficile, et pourtant, tout le monde gardait espoir.

En octobre, elle a reçu une transfusion de moëlle osseuse qui provenait de la France. Nous avions tellement hâte à sa nouvelle vie...

Mais au lieu de prendre du mieux, son état s'est rapidement détérioré. Elle est décédée le 22 décembre 2015. Mon père et elle se sont mariés dans sa chambre d'hôpital quelques jours auparavant. Un autre lit, un autre choc de rester auprès d'elle pour lui tenir la main pendant qu'elle s'éteignait doucement... C'est tellement étrange comment inconsciemment la première fois m'avait fait pressentir la 2e, comme si ça venait compléter ce drôle de cycle. Ces images, et l'impuissance que je ressens face à cette situation tellement triste/injuste/imprévisible ne sont jamais parties.

Carole adorait les lilas. La semaine dernière, sur mon Facebook, j'ai eu un "souvenir" d'il y a deux ans, lorsque j'avais mis une photo d'un bouquet et qu'elle avait fait un commentaire de sa chambre d'hôpital, et ça m'a fait réaliser : maintenant, pour moi, les lilas seront toujours associés à elle.

Quelques jours avant sa mort, je lui ai demandé ce qu'elle voulait comme funérailles. C'était en décembre et elle m'a exprimé sa tristesse profonde de ne pas pouvoir avoir ses lilas. Effectivement, à ce temps de l'année ça aurait été impossible à trouver. Pourtant, coup de théâtre : peu après qu'elle soit partie, mon père a décidé de retarder cet événement. Pour plusieurs raisons : c'était le temps des Fêtes, mais aussi ce n'était pas évident de faire venir toute la famille de l'extérieur pendant l'hiver. Sans parler du fait que l'hiver au Saguenay, c'est particulièrement froid et morose. Donc tant qu'à attendre, nous avons décidé de le faire en mai, durant le plus beau temps de l'année. Le temps des lilas, évidemment.

 Le petit vase recouvert de papier mâché en avant, c'est mon fils qui me l'avait fait quand il avait 4 ans. Et les pétunias ont été cueillies par ma fille dans les boîtes à fleurs. :-)

Le petit vase recouvert de papier mâché en avant, c'est mon fils qui me l'avait fait quand il avait 4 ans. Et les pétunias ont été cueillies par ma fille dans les boîtes à fleurs. :-)

Je me suis chargée des fleurs, ce qui n'a pas été si facile l'année dernière parce qu'exceptionnement les lilas étaient un peu en retard! C'était le dernier hommage que je voulais lui faire : lui donner "ses" fleurs. Cette journée-là, ça sentait partout, partout le lilas dans la chapelle et la salle pour recevoir les invités. Le souvenir de ses funérailles est maintenant complètement lié à cette odeur que j'aime tant depuis mon enfance. (Je ne suis pas certaine qu'elle le savait, mais ce sont mes fleurs préférées à moi aussi, avec les pivoines).

Ça a fait un an il y a quelques jours. Les lilas sont, bien sûr, de nouveau en fleurs. Je m'en entoure le plus possible dans la maison, en plus que ça sent partout dans la ville : en allant à l'école, en faisant mon jogging... Ça me fait un bien fou, tant que ça dure, de respirer comme ça sa douce présence.

Chaudrée de fruits de mer

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La salade de patates parfaite

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