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Bienvenue! Ici on parle surtout de bouffe, de style, de la vie à la maison... J'espère que vous vous plairez!

Il y a 6 ans...

Il y a 6 ans...

...je suis allée à un brunch qui a tout changé.

Mais d'abord, il faut remonter plus loin un peu. Quand j'ai commencé mon premier blogue, il y a plus de 10 ans, je n'aurais jamais pensé que je pourrais un jour vivre de ça. Ho bien sûr que j'ai toujours voulu écrire -déjà vers l'âge de 7 ou 8 ans, c'est ce que je disais que j'allais faire plus tard. Mais écrire sur quelque chose que j'aime? C'était une autre histoire.

Après mes études, je suis devenue rédactrice technique en entreprise. Donc j'écrivais effectivement pour vivre : des guides d'utilisation, des notes de version, des systèmes d'aide en ligne, des propositions et d'autres documents de ce genre. J'ai appris beaucoup, mais ça n'a pas été très long avant que je réalise que mon coeur n'y était pas et que j'étais un petit peu en train de mourir en dedans.

Quand j'ai commencé mon premier blogue, complètement pour le fun, mon fils avait moins d'un an. Et j'avais fait un pari assez irréalisable, mais qu'une fois mis par écrit j'avais toujours gardé à l'esprit : d'ici à ce qu'il commence l'école, je voudrais travailler à la maison.

Après plusieurs années à y penser beaucoup mais sans jamais oser, j'ai eu une opportunité et j'ai commencé à faire quelques contrats à la pige pour des sites Web. Mon fils avait alors 3 ans et j'étais enceinte de ma 2e. Les demandes pour des articles ont été très occasionnelles au départ, puis elles sont devenues non pas régulières, mais plus fréquentes. J'ai continué selon ce rythme; une autre année et demie a passé. J'aurais beaucoup aimé ne pas avoir à retourner à mon emploi après mon 2e congé de maternité, mais le timing n'y était pas. J'ai du mal à penser à cette période sans avoir la gorge serrée; rien n'allait plus et j'avais de plus en plus de difficulté à fonctionner dans ma "vraie job". L'écart entre la vie que je menais et celle que je voulais était tellement grand que ça me donnait le vertige.

Puis en décembre 2011, pour la première fois, j'ai été invitée à ce brunch des Fêtes en tant que pigiste, avec une douzaine de "vrais blogueurs" d'ici. C'était une journée de semaine et je me souviens que j'ai dû mentir à ma patronne peu accommodante, prétextant plutôt un déjeuner de Noël à la garderie. Je trouvais mon mensonge épouvantable, mais je savais que je ne devais pas manquer cette occasion.

Et cette journée-là, quelque chose est devenu différent en moi. En partie un changement de perspective, et en partie une de ces réalisations importantes sur soi-même. Voici ce que j'avais écrit à l'époque, non pas en tant que jeune fille en fleur, mais plutôt à 36 ans, avec 2 enfants et une douzaine d'années d'expérience dans une carrière qui ne me passionnait guère.


(Décembre 2011)

"J'étais bien entendu l'imposteure dans le groupe, au milieu de ces gens qui font affaire avec des agences de relations publiques et qui sont importants et qui font plein de projets intéressants...

Et après, tout ce que j'arrivais à penser, c'était... Pourquoi est-ce que je n'ai pas suivi cette voie, moi aussi? Le milieu à Montréal est relativement petit et ce n'est pas si difficile de laisser sa marque. J'avais tout pour moi au départ : j'ai étudié au bon endroit [à l'UQAM en Études Littéraires] et je me suis mêlée avec des gens qui avaient les moyens et les bonnes connections [je parlais entre autres de mon amie Marie-Sissi Labrèche et de Nelly Arcard/Isabelle Fortin]. 

Tout en étant loin de croire que je suis l'écrivaine-la-plus-fantastique-de-toute-l'histoire, je pense tout de même que j'ai un certain talent, clairement pas de niveau génie/prodige mais quand même un mini-peu qui aurait peut-être pu me mener ailleurs qu'à un cubicule pré-fabriqué? Ma personnalité et ma présentation ne sont pas si mal, et parfois, j'ai même des choses à dire, qui, dans certains cas, se révèlent être relativement pertinentes.

Ce n'est pas une question de jalousie ou d'envie, ni de penser que ceci me revient de droit... Ce n'est pas une question d'être connue, ni non plus une soif intarissable de validation ou de reconnaissance (même si comme tout le monde, je trouve ça agréable d'en reçevoir de temps en temps). C'est vraiment plutôt une question de réalisation de soi, d'être assez brave pour se lancer, de décider de faire ce qu'on aime vraiment et d'organiser tout simplement sa vie autour de ça. De s'exposer et de se rendre vulnérable.

Ça a été l'une de ces réalisations qui vous parviennent soudainement : je suis une sous-performante chronique. Je devais à moi-même d'essayer plus fort, de pousser plus, d'au moins essayer de faire quelque chose. Je ne l'ai pas fait. J'ai plutôt : chialé, boudé, je me suis cachée, je me suis apitoyée sur mon sort et je me suis saboté moi-même à quelques occasions. Même ce blogue (en anglais) en est une preuve : bien qu'il y ait plusieurs raisons qui expliquent pourquoi j'ai choisi d'écrire dans une autre langue que le français, l'évitement en est une majeure. En effet, en écrivant dans une autre langue, je ne m'exposais même pas à ce milieu qui me fascinait tout autant qu'il me terrifiait."


Parmi les commentaires (encourageants), celui de mon amie Meg, qui est maintenant la boss d'un site Web qui n'était à l'époque pas si énorme mais qui fait désormais vivre une grosse équipe, avait été celui qui m'avait le plus marqué. 

"Même si je ne suis pas nécessairement d'accord avec les bouts ou tu es dure envers toi-même, je crois que les bouts "je viens de réaliser quelque chose de profondément ancré en moi" ne sont pas à discuter, une fois que les gens mettent soudainement le doigt dessus. Parce que ces réalisations-là sont souvent la partie la plus difficile, alors je t'offre une ovation debout.

Alors, maintenant, quoi d'autre? Quelle est la prochaine étape? Comment peux-tu te pousser un peu plus? Et arrête de t'inquiéter pour le talent tout de suite. D'abord, tu l'as. Et ensuite, c'est probablement la partie la moins importante de toutes. La partie qui compte le plus, c'est de te lancer, même si c'est un tout petit, minuscule, pas. Pratique-toi donc à faire de tous petits pas."


Juste un peu plus tard, j'ai commencé à écrire une chronique hebdomadaire pour Vite une recette (qui est depuis devenu Fraichement Pressé), qui pour la première fois était rémunérée. Quelques mois de plus et j'ai commencé à m'occuper des réseaux sociaux du site. Puis, quelques mois plus tard encore, tout s'est précipité et j'ai donné ma démission. Je suis devenue pigiste à mon compte pour de vrai, tirant tout mon revenu de ma plume sans filet de sécurité. Quelques semaines avant que mon fils commence l'école.

 

Ça me fait drôle de repenser à ça, en rétrospective. Des blogueurs présents à ce brunch qui m'a tellement marqué, certains sont un peu disparu du portrait. D'autres, comme Claudia Larochelle, ont poursuivi leur ascension dans les médias. Certaines sont même devenues des amies. 💗

Je ne suis pas connue. Je ne suis pas une référence pour personne. (Non pas que ce soit un problème pour moi, au contraire). Mais après plus de 7 ans, j'ai beaucoup, beaucoup de textes publiés sur l'Internet sur de nombreux sites que la majorité des gens connaissent. Je suis devenue une "vraie blogueuse". À tous les ans, j'ai rapporté un salaire régulier (et remarquablement constant) qui me permet de vivre tout à fait correctement.  🙏🏻

Depuis un an et demi, je fais affaire avec des agences de relations publiques, un nouvel aspect de mon travail qui m'a fait connaître plusieurs personnes que j'adore. J'ai fait des super beaux projets (le voyage au Lac-St-Jean, le livre, l'émission). Même si mon travail n'est vraiment pas tout le temps glam (les articles non-signés, les petites traductions commerciales, une certaine part de rédaction technique encore), je n'en reviens toujours pas que ceci soit devenu ma vie : écrire sur ce que j'aime, le faire à la maison, exprimer ma créativité à chaque jour.

Je ne suis toujours pas super à l'aise dans les événements (c'est mieux qu'avant, mais je vais toujours garder une certaine part de timidité-qui-passe-plutôt-pour-de-la-froideur et de maladresse sociale). J'ai développé de la confiance mais probablement pas encore assez pour bien réussir dans ce monde, car elle devient facilement ébranlée. Le syndrôme de l'imposteur? Il est encore là. Par périodes (comme en ce moment), il y a toujours cette voix dans ma tête qui me dit des choses terribles, que je trouverais absolument inacceptables si elles étaient dites aux personnes que j'aime.

Mais... je suis là. Exposée, ayant même quelques fois frappé des tempêtes en pleine face (et avoir survécu). J'ai pratiqué mes petits pas. J'ai même fait plusieurs grands pas. C'est quand on y repense quelques années après qu'on réalise tout le chemin parcouru.

(Ma première photo de "blogueuse", fin 2011).

Beignes sans friture au chocolat

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Riz basmati, avec chou-fleur rôti et pois chiches

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