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L'équilibre dans la course

L'équilibre dans la course

Kinue Hitomi et Lina Radke durant la finale du 800 m aux Jeux Olympiques d'Amsterdam en 1928.

Kinue Hitomi et Lina Radke durant la finale du 800 m aux Jeux Olympiques d'Amsterdam en 1928.

Cette année, je ne me suis inscrite à aucune course. D'abord j'ai eu deux blessures successives : un syndrôme de la bandelette il y a un an, duquel je me suis seulement débarrassée après 4 ou 5 mois de réhabilitation et d'essais. Puis un orteil cassé en avril, alors que je reprenais tout juste mon élan.

Mon but initial était de m'inscrire à un demi-marathon à l'automne, c'est-à-dire ces temps-ci. Mais je ne l'ai pas fait.

Pourquoi? Je ne sais pas trop. Les loooongues courses (14 km et +), je suis vraiment fière de moi quand je les ai complétées, mais elles sont difficiles. Courir, c'est beaucoup de gestion d'inconfort. Pour moi ces courses se passent quelque part dans mon ventre -en anglais je dirais "guts"- et ce n'est pas nécessairement une sensation agréable. Encore moins avec la fatigue musculaire et la tête qui veut tout le temps arrêter.

J'ai fait 5 demi-marathons, alors je sais que je peux le faire. Je n'ai pas non plus pour l'instant l'intention de m'entrainer pour la distance mythique de 42,2 km, même si c'est quand même quelque part dans ma tête peut-être-un-jour. Je pensais aussi que s'inscrire à une course était nécessaire pour s'entrainer au quotidien, i.e. que ça prenait absolument un but. Mais pourquoi, dans le fond?

Les courses officielles, elles servent à "mesurer" ses résultats, que ce soit par rapport aux autres ou seulement en continuité avec soi-même. Mais en dehors de ça, elles ne sont pas non plus si faciles. Il faut arriver tôt (très tôt) les matins de fin de semaine. Il y a la nourriture et le sommeil à gérer. Il y a surtout mon stress et ma difficulté à composer avec ce genre de situation inhabituelle. À chaque fois je vis de gros pics d'angoisse et d'adrénaline à parts égales -c'est un mélange vraiment bizarre qu'il faut absolument être capable de doser. Sinon la course prend complètement le bord dans mon cas, ce qui peut être très décevant après 4, 5, 6 mois d'efforts soutenus. C'est comme me laisser tomber moi-même, dans le fond.

Cet été, j'ai décidé de changer un peu ma manière de courir. J'y vais encore idéalement 4 fois par semaine (mais si c'est 3, c'est correct -je suis vraiment occupée ces temps-ci!) Je fais une course un peu plus longue : autour de 10 à 12 km. Parce qu'elle fait vraiment du bien, celle-là. Elle ne donne pas le même "feeling" que les autres... Et elle est importante pour conserver ou travailler son endurance.

Mais sinon, plus de loooongues courses pour l'instant. J'ai compris que ce dont mon corps a besoin la plupart du temps, c'est vraiment de courir moins longtemps, mais plus intensément. Ça peut paraître très banal comme découverte, mais ça change tout! Ceci me permet aussi de rester dans ma zone d'équilibre : même si mon corps et ma tête se portent VRAIMENT mieux depuis que je cours plus sérieusement, je me connais assez pour savoir que lorsque je dépasse 40 km par semaine, les bienfaits sont moins là. 

Ça m'a beaucoup surpris et fait réfléchir quand j'ai lu cet article dernièremement, sur la vedette de la course montréalaise Joan Roch. Joan était le gars qui inspirait TOUT le monde. Je l'avais connu virtuellement lors d'une tempête de neige tardive super décourageante, qui était de plus tombée le jour ou j'avais un 18 km de prévu. J'avais décidé de laisser tomber, puis une connaissance FB commune m'avait sommé de lacer mes chaussures et d'aller lire son site pour me motiver. Je l'avais fait, complètement fascinée par ce gars qui a tout bonnement décidé un jour de faire son jogging entre la maison et le travail matin et soir, pour éviter le trafic, les désagréments des transports en commun et pour ne pas avoir besoin de temps supplémentaire pour s'entrainer.

Ce matin-là, je suis allée courir mon 18 km dans les bancs de neige, avec le vent et les gros flocons qui pincent dans la face. Je me sentais moitié guerrière invincible, moitié loser épouvantable. Mais je l'ai fait. Ça m'est arrivé souvent depuis ce temps de ne pas avoir envie d'y aller et de penser à lui puis de me dire : Let's go ma grande!!!

Joan a poursuivi : il a fait des ultras autour du monde. Il a obtenu des commanditaires. Il est devenu conférencier et motivateur. Il a écrit un livre... Il semblait être la personne la plus dédiée à la course ever. C'était sa vie, son identité, sa marque de commerce!

Et puis tout bonnement, il a arrêté de courir. C'est fini, on passe à autre chose! Sa motivation n'était plus là.

Je pense que ça a choqué beaucoup de gens. Pour reprendre les propos du journaliste de RDS : "Ça faisait drôle de l’entendre parler de cette façon. Personnellement, je n’imaginais pas qu’un tel athlète aussi impliqué intensément pourrait un jour tenir un tel discours". Et je dois dire que je suis d'accord avec Joan pour dire qu'il n'a pas besoin de se justifier à personne...

Mais ça fait bizarre quand même. J'ai souvent l'impression que ce type de personnalité, les gens qui font des ultras entres autres, sont beaucoup dans "l'extrême". Joan ne faisait pas que courir, il semblait aussi beaucoup aimer voir jusqu'ou il pouvait aller et faire un finger symbolique aux conventions. Courses en shorts à -25, chaussures les plus minimalistes possibles à l'année, pas de ceinture, d'eau ou d'autres bébelles... Il ne mangeait même pas de la journée, se nourrissant seulement de kéfir, malgré ses 100 km+ de course par semaine!

On a souvent tendance à valoriser ce type de personnalité, ce type d'exploit dans notre société. On trouve les gens qui dépassent leurs limites tellement inspirants! Courir pendant 2 heures ou même 4 heures, ce n'est rien alors que certains courent pendant 36 heures de temps sur des sentiers dans de hautes montagnes!

Moi, je reviens tout le temps à l'équilibre. Est-ce que Joan aurait eu besoin d'arrêter entièrement, un revirement complet après avoir centré sa vie sur la course pendant des années, s'il était resté dans l'équilibre? C'est une question complètement théorique et je ne veux pas nécessairement cibler Joan, qui à ce que je sache est un très bon gars et a tout à fait le droit de faire ce qu'il veut! Mais c'est une question quand même. Un peu d'extrême ça peut être bien pour sortir de sa zone de confort et pour se dépasser. Et puis on a tous des côtés avec lesquels on est plus extrêmes que d'autres, c'est parfois l'apprentissage d'une vie! Est-ce pourtant viable à long terme?

En tout cas, je suis vraiment contente de mon nouvel horaire de course. Ma motivation est revenue. Et les côtés que j'aimais moins sont minimisés. Je n'irai pas au bout de moi-même cette année, c'est certain. Mais. L'équilibre.

 

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